Ce week-end à Addis-Abeba, le président burundais Évariste Ndayishimiye a officiellement pris la présidence tournante de l’Union africaine (UA), succédant au président angolais João Lourenço. Si cette fonction est souvent considérée comme honorifique, elle revêt une importance stratégique pour le continent, car le président de l’UA incarne l’unité africaine et joue un rôle clé dans la médiation des crises régionales.
Cependant, cette accession soulève de nombreuses interrogations, notamment en raison de la position du Burundi dans la crise en RDC. Depuis plusieurs mois, le Burundi apparaît comme un acteur central mais controversé dans le conflit dans l’est de la RDC. La présence de militaires burundais aux côtés des forces armées de la RDC (FARDC), ainsi que le soutien aux milices wazalendos et mercenaires étrangers, est régulièrement dénoncée par la communauté internationale.
Le Burundi, isolé géographiquement depuis la fermeture de ses frontières avec le Rwanda en janvier 2024, et sous tension diplomatique avec l’Ouganda, le Rwanda et le Kenya, se trouve désormais dans une position délicate. La semaine dernière, un rapport d’une organisation de défense des droits de l’homme a évoqué la disparition de plusieurs milliers de soldats burundais engagés dans le conflit, souvent sans uniforme ni équipement adéquat. La récente opération de recensement lancée dans les camps militaires vise à faire un état précis des forces encore disponibles, après de lourdes pertes dans la plaine du Rusizi lors des affrontements avec l’AFC/M23.
Ce contexte complexe risque d’éloigner davantage le Burundi de la scène diplomatique africaine, alors que le pays est déjà fortement engagé dans une guerre qui déstabilise la région. La présidence de Ndayishimiye à l’UA pourrait s’avérer difficile, tant ses responsabilités seront influencées par ses actions dans la crise congolaise. La communauté internationale, quant à elle, observe avec inquiétude cette nouvelle étape, craignant que le Burundi ne devienne davantage un acteur de déstabilisation que de paix sur le continent.
La Rédaction



