Le rejet de la motion de défiance portée contre le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, continue d’alimenter le débat politique en RDC. Lors de la séance plénière de l’Assemblée nationale, cette décision, qui a mis fin à la procédure engagée, a suscité des réactions vives et divergentes parmi les élus et les analystes.
Selon la majorité des observateurs, cette décision traduit un recul du débat démocratique et soulève des questions sur la légitimité de l’interprétation retenue par la plénière. La procédure avait été lancée par le député Laddy Yangotikala, mais une motion incidente introduite par le député Gary Sakata a bouleversé le processus, conduisant au rejet du texte pour insuffisance de signatures.
Au cœur du débat, la contestation porte sur la lecture de l’article 235 du règlement intérieur de l’Assemblée. Gary Sakata, appuyé par le député Ngondankoy, affirme que sur les 55 signatures initiales, six étaient irrégulières, réduisant le nombre de soutiens valides à 49. Or, cet effectif ne répondrait pas au seuil minimal fixé à 50 signatures, soit un dixième des membres de l’Assemblée, nécessaire pour la recevabilité de la motion.
Mais cette interprétation est vivement contestée par d’autres acteurs du débat. Parmi eux, le député Marcel Zuma, élu de Bondo dans la province du Bas-Uélé, a pris la parole lors de la plénière du mercredi 29 avril 2026 pour dénoncer ce qu’il qualifie de « mauvaise lecture » de l’article 235.
Selon Zuma, la plénière n’a pas la compétence de statuer sur la recevabilité d’une motion de défiance ou de censure, arguant que cette étape doit revenir à une commission ou à une instance spécifique. Il insiste sur le fait que l’interprétation adoptée par la majorité pourrait ouvrir la voie à des manipulations du processus démocratique.
Les débats restent ouverts, et cette controverse souligne la fragilité du cadre réglementaire entourant la procédure de mise en accusation ou de défiance contre un membre du gouvernement. La question de la légitimité des décisions prises en plénière alimente la réflexion au sein de la classe politique, qui s’interroge sur la transparence et la conformité des pratiques parlementaires.
Pour l’opposition, cette décision marque un pas vers la limitation des mécanismes de contrôle parlementaire, tandis que la majorité défend la nécessité d’une application stricte du règlement intérieur.
Ce différend met en évidence la tension persistante entre les différentes forces politiques, dans un contexte où la stabilité institutionnelle est mise à rude épreuve. La controverse autour de l’article 235 illustre aussi la difficulté de faire respecter la règle dans un environnement marqué par des enjeux de pouvoir et de légitimité.
Les prochains jours seront décisifs pour savoir si cette interprétation sera confirmée ou si une nouvelle lecture du règlement pourra ouvrir la voie à une nouvelle procédure contre Jacquemain Shabani. La question demeure : jusqu’où peut aller cette crise institutionnelle qui met à l’épreuve la démocratie congolaise ?
La Rédaction



